La petite cuisine d'Ethel


Oranges de Tunisie – Dar Sebastian – Les secrets d’un chef
23 décembre 2009, 11:28
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Arrivée au bout du voyage qui me conduit à Dar Sebastian, je pousse les lourdes portes en bois qui s’ouvrent sur les jardins de la villa.

D’étroits chemins serpentent le long des orangerais, d’innombrable espèces végétales implantées dans ce jardin botanique laissent percer des cris d’oiseaux.

Au calme de la luxuriance des jardins, de petits pavillons d’une immaculée blancheur réfléchissent la lumière du soleil, étonnamment vive pour la saison.

Plus loin  dans le jardin, entrecoupé de colonnade, un bassin de marbre annonce le cœur de la villa. La porte est grande ouverte, un scénographe accroche des toiles pour le vernissage du soir.

Deux grandes voûtes pour plafond. Un piano pour seul meuble.

Le vent s’engouffre par une autre porte qui s’ouvre vers la mer.

L’œil du peintre aurait déjà croqué le jasmin en ombelles sur un mur, les jardiniers à l’ouvrage, les chats à la sieste, le bassin de l’atrium sans eau sous la verrière.

De petits pavillons, anciennes cabines de bain, courent le long du sentier qui déboule sur la mer.

Nul promeneur à perte de vue.

Au loin, la médina de Hammamet étire ses remparts au fil de l’eau.

Ce lieu est un enchantement.

Préservé du brouhaha de la rue, lorsque le visiteur pénètre pour venir admirer le jardin et les collections, il ralenti comme s’il savait qu’ici il serait préservé du temps qui passe.

Je suis venue ici pour chanter Francis Poulenc. Quel écrin merveilleux pour cette musique que j’aime tant.

On nous invite à venir prendre notre déjeuner bien que l’après midi soit déjà avancé. La cuisine est savoureuse et délicate.Le poulet est légèrement citronné et la sauce tomate qui accompagne le plat principal est subtilement apprêtée d’écorce d’orange.

Au moment du  dessert le chef nous apporte un compotier qui en regorge. Elles proviennent du jardin. Il vient seulement de les cueillir. Je les découvre comme jamais, délectables et tendrement parfumées.

Le chef nous raconte qu’il y en a plusieurs variétés dans le verger. Des oranges douces et d’autres qui portent des noms que je ne retiens pas.

De sa belle voix sombre il sait raconter la cuisine. Il me dit quelques uns de ses secrets. Son civet de lapin. La cuisson lente. J’écoute, j’apprends.

Bientôt les pamplemousses seront murs, il en fera de la confiture. Je lui promets que je reviendrai pour la goûter. Je sais que je tiendrais ma promesse.

Dar Sebastian- Hammamet



Mon royaume pour un clou de girofle
17 septembre 2009, 14:55
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Paris, un 15 septembre.

Gris, gris,  gris, Paris gris,

Gris, gris, gris, Paris gris.

J’ai passé ma vie  entière à la rêver pour finir dans un brouillard de purgatoire.

La lumière est laide

La vie est laide

Paris est laide

Je suis laide.

Le souffle court, les pommettes rouges, les paupières lourdes.

Paris je te hais.

Trop tard, le soleil, tu arrives après trois jours de brume de cloaque.

J’ai noyé mes yeux dans un déferlement de mes sinus.

 Ce que je te hais.

 

Décoction de clous de girofle  contre les petits maux d’automne :

Faire bouillir un litre d’eau. Y jeter une petite poignée de clous de girofles et continuer la cuisson à feu doux encore 10 minutes à couvert.

Cela peut se boire chaud ou froid tout au long de la journée.

Les vertus antiseptiques du clou de girofle se révèlent très efficaces en cas de début d’infection  du système respiratoire. 

Fatiguée de lutter contre les vapeurs pouacres, j’ai  fini par en apprécier le goût.

 

Clous de girofle

Clous de girofle



Piques niques d’août, de Chaumont sur Loire en forêt de Fontainebleau
10 septembre 2009, 07:46
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Le lendemain nous nous arrêtons à Chaumont sur Loire. Décidément, j’aime pas les bords de Loire. Une foule impressionnante arpente encore le route des châteaux et pourtant  le soir lorsque nous cherchons un restaurant pour dîner, nous ne trouvons rien en dehors d’une pizzeria rebutante. Pourtant en prolongeant la promenade dans le village, qui devait être de pêcheurs, dans l’enfilade des maisons, le long de l’unique route qui file le long de la rivière nous découvrons un hâvre enchanteur. Nous sommes sauvés. »Les Hortensias bleus ». L’endroit nous semble familier. Un délicieux jardinet fait office de terrasse. Les fées se sont arrêtées ici. La mère grave de très belles estampes et la fille cuisine des tartes toutes droit sorties de son imagination. Les produits sont locaux. La conversation agréable. Nous repartons enchantés avec quelques estampes sous le bras.

Le lendemain il nous faut repartir. Le paysage que nous traversons pour rentrer à Paris est triste et monotone. Heureusement la forêt de Fontainebleau où nous nous arrêtons pour un dernier pique nique se montre fraîche et accueillante. Nous déjeunons, attablés à l’abri des arbres. Quelques randonneurs à cheval rentrent dans notre champ de vision puis disparaissent. La curiosité nous pousse. IL est encore tôt et le chemin du retour n’est plus très long.

Nous partons en promenade. A l’orée du bois, nous découvrons des petits villages en pierre de taille que nous ne connaissions pas, puis plus loin, le majestueux château de Courrances  dressé au centre d’un parc parfaitement domestiqué. Puis il nous faut nous résoudre à rentrer. Le temps se couvre.

Comme nous nous approchons je suis frappée par la laideur déprimante des abords de Paris. Le ciel s’obscurcit. A peine nous engouffrons nous sur le périphérique, que nous sommes surpris par une pluie poisseuse qui déchire l’horizon. Cette fois nous y sommes.

Trois jours plus tard, un soir frileux, bravant, le froid et la pluie, notre malle à pique nique arrimée dans le coffre, munis de plaids, de parapluies, de poulet rôti, de fromage crémeux, de vin de Bordeaux et de tarte aux fruits nous partons pique niquer …au bois de Vincennes !

 

Chaumont sur Loire

Chaumont sur Loire



Piques niques d’août, en Dordogne
9 septembre 2009, 08:11
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Direction ma ville natale, encore en gironde, accolée à la Dordogne.

Ici les vignes ont pris la place de toute autre culture. Ils sont beaux ces champs parfaitement ordonnés aux plans millimétriquement alignés. Je le dis à ma mère. Oui, non, elle s’en passerait bien. Elle les voit tous les jours. Elle, ce qu’elle aime, ce sont les coteaux ensoleillés balayés par le vent. Elle m’emmène les découvrir. Spectacle éblouissant que l’alternance de forêts et de pâturages, parfois des vergers viennent s’interposer, qui courent sur des valons gonflés d’opulence.

Au sommet d’une colline en pente douce se trouve une plage de sable. L’océan, il y a très longtemps y avait déposé ses trésors. Les lapins y ont construit leurs terriers. Je n’en avais jamais vu d’aussi près. C’est beau un lapin sauvage. Cela mérite que l’on prenne le temps de les observer. Sur les bords des fossés des herbes sauvages poussent à foison, du pourpier et des carottes sauvages, si semblable à la mortelle ciguë. Un moulin, posé au sommet d’un champ pelé attire à lui tous les vents. Il se tient droit pourtant. Il se tient fier dirait ma grand-mère.

Les dîners se succèdent, éclairés à la bougie, dans la fraîcheur inhabituelle du jardin, l’été, accompagnés d’un concert de grillons. Des pluies d’étoiles filantes se déversent dans le ciel. On approche du quinze août. Les tomates, que cultive mon père, sont charnues et sucrées. Sa passion potagère nous ravie.

Le marché du samedi se montre prospère en été. J’achète un gros bouquet de fleurs à sécher et quelques branches d’amour en cage. Cela égaiera ma table l’hiver prochain.

Nous nous promenons dans les bastides, dans de tous petits villages perdus de Dordogne qui surplombent la vallée. Je veux toujours m’y arrêter, changer de vie m’y installer. Ce désir me reprend chaque été. L’hiver, j’oublie.

Et puis un jour il nous faut partir. On reprend la route, gorgés de fruits murs et de grillades au romarin. Notre malle à pique nique déborde de légumes du jardin, de miel et de fromages de chèvres. La route sera longue pour rentrer à Paris. On épouse le rythme des départementales et des piques niques en pleins champs. C’est le week end, nous sommes seuls à perte de vue. L’autoroute doit être surchargé. On veut saisir les dernières beautés du paysage jusqu’au dernier moment. Repousser encore un peu le moment où les vacances se terminent. Un soir nous dormons près de Poitiers, je fais la sieste dans le verger de la demeure qui nous accueille. La rentrée n’arrivera jamais. 

 

Bastide de Monpazier-Dordogne

Bastide de Monpazier-Dordogne



Piques niques d’août, le bassin d’Arcachon
8 septembre 2009, 07:57
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Direction Andernos. Ma tante nous en fait découvrir les beautés sauvages. J’avais oublié la faune préservée du bassin d’Arcachon. L’eau s’est retirée sur un champ de salicorne, j’en cueille un petit brin, il a goût de pétrole. Trop de bateaux. Il faudrait se contenter d’observer la nature sans trop interagir. Mais nous ne sommes pas près, sans nul doute, à renoncer à nos terrains de jeu.

Le bassin s’étrangle, l’eau a du mal à remonter jusqu’à son extrémité, face à laquelle nous dînons, dans une cabane de pêcheur reconvertie en restaurant. Les huîtres du bassin, mes préférées. Et pourtant combien de temps encore pourrais je venir en goûter, comme ce soir paisible, en contemplant les vols de canards sauvages ? Les huîtriers locaux, pressés de mettre la clefs sous la porte, asphyxiés par le très controversé test souris, arrivent peut être au bout de leur colère. Le combat épuise.

Un peu plus dans les terres, ce sont les frelons asiatiques qui font rage. Scène de guerre inhabituelle que celle de ces terribles insectes tueurs qui attrapent les guêpes entre leurs pattes pour les assassiner loin de leur ruche. Elles résistent par le nombre, de toute leur force d’ouvrières habituées à lutter pour leur survie, mais le combat est perdu d’avance, toutes n’y résistent pas. Ci gît une abeille pour cause de négligence humaine.

 

 

Salicorne

Salicorne



Piques-niques d’août, Rochefort, Marennes, je préfère l’estuaire.

La nuit porte conseil, nous irons à Rochefort rencontrer les Demoiselles. Nous rentrons avec les forains dans la ville. Georges Chakiris et Grover Dale n’ont qu’à bien se ternir. Et pourtant la place est déserte, ni Gene Kelly ni les sœurs jumelles ne nous y attendent. Le café pris en terrasse est mauvais, le soleil n’arrive pas à réchauffer les façades grises d’anciens immeubles aujourd’hui vides de toute garnison. Nous ne restons pas. Des effluves océaniques nous attirent plus loin. Un déjeuner improvisé à Marennes s’impose à nous. Huîtres et vin blanc sec. Devant les étendues plates mais sauvages nous partons à pieds à la découverte des parcs à huîtres sans jamais réussir à suivre le bon chemin. Le long du port les bateaux de pêche semblent moulés en suspension dans la vase. Ils attendent le retour de la marée. Ce soir nous dormirons à Meschers. Nous n’arrivons pas à suivre la route qui longe l’océan pour rejoindre l’estuaire, le gps ne fait pas mieux que moi et les huîtres achetées à Marennes pour le dîner du soir n’en peuvent plus de chaleur. 

Bon anniversaire Stéphane ! A peine nos huîtres englouties nous allons le célébrer comme il se doit au restaurant de la plage dont la spécialité est une cocotte de moules cuisinées aux croûtons, lardons et crème fraîche, pardon,  j’oubliais le persil… Je ferme les yeux sur cette hérésie culinaire, et je penche pour de simples moules marinières. 

Les lendemains nous emmènent à découvrir l’architecture de la ville de Royan, merveilleuses promenades au cœur de cette ville presque entièrement détruite au cours de la guerre 39 -45  et reconstruite au cours des années 50 dans un style architectural qui ne cesse de nous étonner et nous séduire. Je vous conseille d’ailleurs à ce propos la lecture de deux ouvrages passionnants sur le sujet, si il vous intéresse :

L’invention d’une ville – Royan années 50 de Gilles Ragot, Thierry Jeanmonod et Nicolas Nogue aux éditions du Centre des Musées Nationaux

Et d’ Antoine-Marie Préaut, le  « Guide architectural Royan 50 » aux éditions Bonne Anse,

 Si vous en avez l’occasion de vous promener sous la magnifique halle du marché vous découvrirez cette prouesse architecturale, une voûte de béton de 8 cm d’épaisseur où la vue n’est limitée par aucun pilier.  Ou que l’on soit situé sous cette immense coupole, le regard englobe l’intégralité de ce qui s’y passe. De magnifiques homards vivants et des crabes fourbus, agglutinés dans leur caisse de polyestiren, voisinent avec les fameux royans (sardines) péchés de la nuit, que l’on peut aromatiser de basilic citronné ou de fenouil sauvage. Les prunes reines-claudes dorées et tavelées se croquent tout naturellement sans penser à en faire une confiture.

Royan-1958- le nouveau marche

Avant de partir un pique nique sur la plage, à mer remontante, face au phare de Cordouan, s’impose. Nous avons oublié la bouteille de vin. Un restaurant de bord de plage accepte de nous en vendre une. Un vin de l’entre deux mer bien venu pour réchauffer cette soirée un peu fraîche pour un mois d’août. On inviterait bien les promeneurs du soir qui nous souhaitent un bon appétit à venir la partager avec nous, mais notre malle ne contient que quatre verres. Dommage. L’année prochaine…



Piques niques d’août, des bords de Loire au Marais Poitevin
4 septembre 2009, 21:06
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Lancés au hasard des routes de France, notre malle à pique nique arrimée dans le coffre de la voiture, une carte routière entre mes mains, le volant, je n’y tiens pas, nous nous imaginons nous laisser guider par la douceur de vivre et le plaisir de naviguer au cœur de paisibles paysages.

Je voulais voir les Pont de Cé, racontés par Aragon, mis en musique par Francis Poulenc. Ce n’est finalement qu’un petit village encerclé par un bras de Loire asséché. Décidément je n’aime pas ces bords de Loire, plats, tellement plats pour une fille venue de terres vallonnées. J’étale une nappe brodée sur une table de hasard. Je m’amuse à la décorer. Je dois avoir beaucoup aimé jouer à la dînette en des temps révolus. Notre première halte fait fi de toute considération diététique. Terrines, charcuteries fines, volaille rôtie, fromages de chèvres, frais, demi sec, moelleux, petits pains à la farine de châtaigne, une pointe de balsamique,  panier de fruits accompagné d’un unique verre d’un vin de Bordeaux. Je me dois de rester solidaire avec le conducteur en toute circonstance.

Les routes départementales commencent à s’entourer de forêts et de prairies. Le marais poitevin nous interpelle. Seule la crainte de nous perdre dans les méandres de ses labyrinthes nous autorise à requérir les services d’un batelier… Au demeurant fort sympathique, qui nous renseigne sur la faune en péril. Ici, le ragondin a chassé les familles de loutres, l’écrevisse rouge a remplacé l’écrevisse locale, le héron cendré s’est substitué au héron roux. Les vaches, probablement présentes depuis toujours, paissent pourtant paisiblement sans savoir que les maraîchins laissent mourir le marais faute d’entretien et que les canaux se rebouchent par trop de tourbe.

Le marais est un havre de silence le soir lorsque l’on est la dernière barque à partir. Trouver un endroit où étaler notre nappe brodée s’avère bien compliqué lorsque l’on redevient piéton. Et pourtant, en longeant un bord de Vienne, on fini par découvrir un coin de sous bois. La douceur du soir nous incite à rester dehors. Pris à partie par un ensemble de cors de chasse, nous nous décidons à en écouter le concert. La beauté des grandes chasses royales nous est racontée avec lyrisme et candeur et nos oreilles sont prises d’assaut par la puissance de la meute. Je ne goûte que très peu ce genre musical et la chasse, mais je dois admettre que c’était tout de même très impressionnant.




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